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De son vrai nom Egle Simkute, Eglusha est une artiste lituanienne, née le 26 février 1990, à Kelmė. Elle a grandi en Lituanie et développe très tôt une grande curiosité et une imagination débordante. Sa famille quitte la Lituanie pour s’installer à Toulouse, en France en 1999. Elle s’oriente vers la coiffure et à 23 ans ouvre son propre salon au cœur de la ville, salon qui devient rapidement très prisé. Une réussite entrepreneuriale fulgurante. En parallèle, Eglusha décide de relever d’autres défis, celui de sa passion, l’illustration Les illustrations d’Eglusha, s’apparentent à différents portraits, différentes figures singulières. Elles révèlent des influences artistiques variées, interrogent vivement la place du corps, la place “du personnage“ dans la narration, ainsi que le rapport du protagoniste ancré dans un espace éclectique. Couleurs acidulées, aplats veloutés, quadrillage, trait noir assuré, la touche Memphis est évidente: le courant artistique des 80’s est prédominant dans le travail d’Eglusha. On retrouve un arrière goût à la Nathalie du Pasquier, personnage emblématique de Memphis, de part la palette, les motifs, l’emprunt des codes picturaux de l’art décoratif. Les aplats de couleurs criardes, vives, éclatantes, tapageuses. Le choix inattendu des couleurs énergétiques, marque un héritage au mouvement artistique Memphis. Eglusha en propose une identité picturale et une interprétation uniques.

Les figures, les corps sont placés dans une zone, délimitée par l’opacité de la couleur et/ou délimité par un espace organisé. Cet espace organisé peut être entouré d’éléments accompagnateurs, “décorateurs“. Les protagonistes semblent se perdre ou au contraire ne faire qu’un avec cet espace

Les corps sont stylisés, fragmentés, brutalisés, déshumanisés, ils se rapprochent des créatures fantastiques, créatures monstrueuses… Eglusha établit le territoire du “difforme“ les corps se mélangent, les corps sont disproportionnés, hypertrophiés, atrophiés. Ils sont hybrides, mi homme mi animal, mi œuf mi visage, mi chat mi blonde.. Des hybrides héroïques, anti héroïques, des allégories de pensées, des morceaux de vies, des morceaux d’Eglusha.

 

Ces mutants récurrents renvoient vraisemblablement à des créatures de la mythologie personnelle de l’artiste. Il semblerait se tracer une sorte de continuité à travers les illustrations. Une certaine logique qui n’appartient qu’à l’artiste et qui en détient sa propre vérité. L’image redondante de la figure féminine est frappante, renvoie t elle à la féminité d’Eglusha et/ou à une recherche absolue du féminin féminité?

 

Féminin, masculin aussi… Eglusha joue avec le concept tant controversé du genre. Il est presque évident qu’elle invite au dépassement du concept lui même. La présence des figures est radicale, elles sont légitimes et débarrassées d’appartenances stéréotypées visant “un genre“. L’enchaînement des illustrations marque une volonté d’inscrire une perpétuité, une continuité constante visant possiblement la narration. Une histoire découpée, mêlée, énigmatique aux péripéties anguleuses et à l’intrigue palpitante.

 

Les personnages se rassemblent, s’assemblent, s’isolent-ils? Font-ils véritablement résonance entre eux? Les illustrations font écho au jeu du Tarot, jeu populaire et mystique. Les cartes du Tarot représentent une véritable iconographie codifiée qui peut, en somme, rappeler le traitement pictural des illustrations.

 

L’interprétation des cartes avait pour but, non pas de lire l’avenir mais de guider le consultant et de révéler son intériorité dans un présent et futur proche, ces illustrations ne seraient elles pas les cartes du moi d’Eglusha?

 

Est ce cela qu’elle vit, qu’elle ressent ? Est ce une nouvelle forme de ce que l’on appelle communément « journal intime »? Ainsi l’intime serait il au coeur de l’objet de son travail?

Coiffures en tout genre, yeux multiples, éléments caractéristiques du corps qui s’accumulent. On pourrait presque retrouver un certain fétichisme à la « Tom Wesselmaan » qui habite ces illustrations.

 

En revenant sur la thématique du genre, Eglusha semble établir une frontière entre la glorification des éléments dits “féminins“ et à l’utilisation de la femme objet, de son corps objet, pas nécessairement esclave mais toujours dominateur.

 

Eglusha ne tranche pas avec les sujets, elle évoque subtilement différentes thématiques telles que le danger, la légèreté, l’ennui, l’amour, la solitude… surlignés par des titres parfois équivoques.

Elle saupoudre, avec équilibre, ses illustrations d’humour et de trash.

 

L’impulsion originelle qui se dégage du travail d’Eglusha est irrévocablement pop, kitsch, pure, déroutante grave, énigmatique et hypnotique. L’inconscient est matière brute pour l’artiste elle en fait son allié, son outil de prédilection.

 

Eglusha dévoile une pratique très personnelle qui tend à imposer son propre langage graphique, aux tonalités musicales post punk, au goût savamment acidulé rose bonbon. Elle est la femme moderne qui doit ressembler à un idéal mais qui lutte contre les codes (alcool, chaussures de drag-queen, grosse voiture…).

 

C’est une satire sociale ambiguë entre l’idéal de la beauté féminine et le refus du conformisme.

Eva Reisser